Une histoire de frontiere
Comme nous ne sommes pas très bavards et que ce blog a besoin d’un quota d’écriture pour participer au concours du meilleur blog de voyage de barbus, nous allons vous conter l’une de nos péripétie. Celle que nous avons choisie s’intitule, Adieu Khomeini, Salam Niazov.
C’est donc par un petit matin frais, comme l’Est de l’Iran en connait en cette période, que nous nous levâmes à peine deux heures après la première prière du jour.
Mashhad, ville de pèlerinage pour les musulmans chiites du monde entier nous avait accueilli en son sein pour une journée, le temps de visiter le mausolée (interdit au non-pratiquants)dédié au martyr de l’Imam Reza, de flâner dans les rues emplies de pèlerins et d’acheter des souvenirs typiques(boule à neige avec mosquée, photos-montages ringards, martinets en métal pour célébrations flagellantesetc…).
Harnachés de nos inséparables sacs de voyage, nous nous dirigeons sans un mot vers la réception de l’hôtel sommaire dans lequel nous avons passé une courte nuit. (9$ pour deux barbus) Sous une double couverture, se cache le réceptionniste que nous ne manquons pas de réveiller afin de récupérer nos précieux passeports cachés dans un antique coffre-fort.
Taxi pour la gare routière, la dernière Paykan de notre mois en Iran.
Montée dans notre calèche vers la frontière : un authentique bus des années 40 avec un panneau Sarrakhs collé sur son pare-brise fissuré d’une balle. A nos cotés, un enturbanné lance le célèbre couplet à la gloire d’Allah censé protéger notre bus durant le voyage à venir, repris en chœur par tous les passagers. Trois heures de route au milieu du désert, durant lesquelles nous assistons à un grand jeu de chaises musicales pour combler les vœux de tous : les femmes ensembles, les vieux assis, les mendiants dans le couloir central et les touristes ricanant dans un coin. L’autocar s’arrête souvent au milieu de l’étendue désertique pour larguer quelques joyeux drilles et prendre livraison de familles poussiéreuses. Tous deux assis à coté des bidons d’essence qui obstruaient la sortie de secours, nous contemplons les dunes rocailleuses et les chemins creusés par les pattes de biquettes.L’arrivée près du poste frontière marque une descente chaotique de tout les protagonistes, une récupération de sacs divers et variés, allant du simple cabas au sac de riz tuné, de la chèvre au sac de baroudeur.
Un taxi nous balance devant une entrée d’entrepôt et nous désigne un petit bâtiment noyé au milieu des camions. Un militaire contrôle nos passeports, l’air blasé.
Lieu banal, nous sommes presque incongrus dans ce décor taillé pour de gros véhicules. Dans un hall désert, nous patientons que l’officier des douanes finisse sa prière et procède à la fouille rapide du dessus de nos sacs. Après un passage dans le bureau des vérifications présidentielles, nos passeports nous sont remis, non sans nous avoir demandé notre profession et si l’Iran nous avait plu.
Nous sommes les premiers clients du minibus amoché qui nous mènera de l’autre côté du no man’s land. Il est midi.
L’homme est affable et astique ses chaussures avec le pétrole qu’il entrepose dans un bidon orange. Dix mètres plus loin, un improbable et ultime contrôle de nos visas iranien par des militaires armés et une question absurde : « You go Turkmenistan ? » ne voyant pas d’autre destination à cette route entourée de barrières, nous répondîmes par l’affirmative. Enclenchant la première, le chauffeur du minibus en aurait presque oublié que nos passeports étaient encore entre les grosses mains du dernier garde frontière iranien.
Le pont fortifié franchi, les visages et la taille des visières changent radicalement. Nous mettons véritablement le pied en Asie. Une simple cahute au milieu du désert avec une porte battante, deux militaires armés d’AK47 âgés de 18 ans au plus, un officier plein de gallons, une bouilloire sur le feu, voilà pour l’ambiance.
S’ensuit une inscription manuelle des coordonnées de nos visas Turkmènes de transit puis le minibus nous dépose définitivement devant un bâtiment rustique. Entre les chauffeurs de camions iraniens, nous nous faufilons vers la pièce principale, lieu de contrôle redouté par tous les voyageurs. Entrer au Turkménistan nécessite plusieurs étapes :
Un stop dans ce qui ressemble à un cabinet médical. L’homme en blouse blanche nous demande si tout est OK et nous désigne ses collègues en uniforme.
Un arrêt devant un premier guichet pour un tampon.
Un passage à la Turkmeni Bank Kassa, sorte de cahute en carton, pour payer les droits d’entrée soit 13$ par tête.
Un come back vers le premier guichet, 3 pas en arrière, pour une revérification.
Une mise sur tapis roulant de nos sacs pour vérification aux rayons X.
S’ensuit une mise sur comptoir de certains de nos effets personnels avec description détaillée des produits électroniques. Imaginez les yeux étonnés des officiers devant un macbook sans marque apparente, devant le nombre inhabituel d’appareil photo que nous détenons. Vingt minutes plus tard, c’est au tour des questions intimes en mime russe: « Etes vous en possession de fusils mitrailleurs de type Kalachnikov ? Avez vous des seringues remplies de drogue dans votre sac ? Quelle est la taille du couteau que vous détenez ? ». Cinq tampons sur nos déclarations manuscrites en trois exemplaires et nous sommes dehors, en plein soleil.
Le sixième et dernier contrôle de nos visas intervint 100mètres plus loin, dans une cahute miteuse faisant office de barrière.
Bienvenue au milieu de rien, Salam Turkmenistan.
Après nous être amusés pendant trente minutes au milieu des taxis et des changeurs de monnaie et décidés à ne pas débourser 100 dollars pour nous rendre à Achkabad, la capitale située à 400 kilomètres de là, nous prîmes, à pied, la direction de la gare, à peine visible à l’horizon.
Rejoints cinquante mètre plus loin, à vive allure par l’un des protagoniste de la négociation, nous refusons même le prix de 20$, persuadés que nous pouvons payer moins cher. Définitivement seuls mais optimistes, nous progressons à vive allure. Un camion iranien nous prit alors sous son aile pour nous déposer deux kilomètres plus loin dans un restaurant de routier, où il semble vouloir s’arrêter en vue de prendre un déjeuner sur le pouce. En réalité, un fois entrés dans l’édifice vide, le camion redémarre et nous laisse à notre triste sort dans cette grande pièce avec des tapis persans et une gigantesque télé comme seuls meubles. Une odeur de mouton émane de la cuisine attenante.
Finalement, nous nous mettons à table autour d’une soupe de mouton et le propriétaire des lieux nous convie à manipuler la télécommande de son téléviseur branché sur une gigantesque parabole. Quoi de plus naturel que de regarder les dernières nouvelles de France, assis sur un tapis crasseux au milieu du désert, de s’étonner du prix du litre d’essence en Guyane dans un pays où le plein coûte moins de 5 euros ?
A cinq heures de l’après midi et après plusieurs bières bien méritées, nous décidons de nous mettre en quête d’un moyen de transport vers la capitale. Le patron anglophone des lieux nous informe que le prochain bus part le lendemain matin et nous accompagne avec sa Lada (Bande Originale du Bossu de notre Dame à fond) jusqu’à la centrale des taxis (les mêmes que nous avions déboutés quelques heures auparavant).Devant un prix toujours aussi élevé, nous décidons de tenter notre chance en stop devant le poste de police. La nuit tombe. C’est donc sur une route au milieu de rien que nous attendons que des phares bienveillants apparaissent au loin. Une quinzaine de minutes plus tard, une belle Toyota s’arrête à notre hauteur et nous propose de nous déposer dans une ville plus loin pour moins de deux euros.
Bière + fatigue aidant, nous nous écroulons au bout de 10 km de route dans un noir total. C’est finalement notre voisine de banquette, une cueilleuse de coton avec des dents en or massif, qui nous réveille et nous demande de descendre après une heure de trajet.
Une lumière au milieu de l’obscurité, un relais pour routier.
Nous voici arrivés dans notre logis pour la nuit, mais nous ne nous en doutons pas encore.
Une vaste pièce éclairée par une ampoule blafarde, un comptoir avec quelques produits de première nécéssité, une grande télé branchée sur des clips russes obscènes, deux tables de jardin et leurs chaises associées, payes ton décor.
Le propriétaire des lieux, nous voyant un peu perdus nous propose un thé, puis un repas, puis des bières que nous acceptons chronologiquement. Nous n’avons plus de monnaie locale, seuls reste quelques dollars que nous avions gardé d’un précédent passage dans une ambassade iranienne. Finalement, 21heures passés, et en bredouillants quelques mots de russe nous comprenons qu’il possède une chambre qu’il peut nous louer pour la nuit. De suite royale il s’agit plutôt d’un ancien wagon transformé en deux chambres surchauffées par un poêle à gaz. Parfait pour nous.
Sachez qu’au Turkménistan, le gaz et l’électricité sont gratuits mais les allumettes ne le sont pas. On préfère donc laisser des becs de gaz ouverts toute la journée plutôt que d’avoir recours à un quelconque briquet.
Notre système de chauffage était donc construit sur le modèle local : un tuyau de gaz percé placé horizontalement en U, entouré d’une boîte en métal auquel est raccordé un système d’évacuation des fumées.
Le manque d’eau courante a forcé les propriétaires des lieux à placer les toilettes au bout d’une longue allée, à l’arrière du restaurant. Rien de plus simple pour des baroudeurs dans notre genre si ce n’est la présence de chiens assez agressifs installés sur ce petit chemin bordé de cailloux blancs. Après une course poursuite et ne voulant pas tester nos vaccins contre la rage, nous dûmes attendre que le patron veuille bien attacher ses clébards pour nous rendre dans le petit réduit sans lumière composé d’un simple trou dans le sol surmonté de deux briques pour les pieds.
Après une fraiche nuit, et un petit déjeuner sur les coups de 8h15, le patron nous informa de la situation :
« Oulah messieurs, le bus pour Achkabad est déjà passé depuis longtemps, vous dormiez bande de fainéants !» (Traduction approximative du russe)
Nous vous laissons imaginer la suite de cette première journée prometteuse et des quatre qui suivirent dans ce pays si subtil. Sachez toutefois que nous avons réussi à rallier la capitale située à 300 kilomètres de là pour moins de 13 dollars en cinq heures.
Forts d’une description aussi détaillée, qui, nous l’espérons, à occupé votre après midi de travail, nous n’acceptons plus aucune remarque sur notre mutisme sur ce site. Vous savez désormais de quoi nous sommes capables, vous endormir à distance.
Allez bisous.
décembre 2nd, 2008 at 23:55
« questions intimes en mime russe: « Etes vous en possession de fusils mitrailleurs de type Kalachnikov ? Avez vous des seringues remplies de drogue dans votre sac ? Quelle est la taille du couteau que vous détenez ? ». Cinq tampons sur nos déclarations manuscrites en trois exemplaires et nous sommes dehors, en plein soleil. »
Oh c’est du lourd ce passage digne d’un film, il m’a transpercé d’un fou rire digne de ressortissant venant de Saint Anne
heu vous avez pensés de demander au gag du pseudo hôtel si il a avait besoin d’une clim?
Vraiment sympa cette histoire d’un de vos nombreux périples…
Je demande dore et déjà à l’assemblé du club web Barre toi.com qu’une fois par mois vous contiez de cette façon une de vos aventures.
La règle ,c’est simple, cette contine doit être composé de 5478,478 mots et 156 lignes.
Bonne route les zincoux.
tchusss
décembre 3rd, 2008 at 19:17
300km > 13$, savoir mettre l’argent la ou il faut, tu suis le chemin qu’il faut, c’est bien. Enfin le retour au vraies valeurs, tu ne me diras plus que….
décembre 4th, 2008 at 15:59
Voilà un texte fort bien écrit, et tenez le pour dit !
En effet, on vous imagine aisément vous faire réveiller par un sourire doré, étincelant à la lune, vous rappelant non moins sans une certaine nostalgie votre luminou; et vous, arborant un sourire timide mêlé d’effroi, poussant un léger soupir de soulagement, et penser: « Heureusement qu’elle n’est que cueilleuse de coton ! »
Hommes impies !
On imagine aussi avec quelle hardiesse vous vous êtes élancés avec courage sur ce petit chemin de terre avec à vos trousses une meute de chiens et de chiennes enragés tout en crocs, salivant sur vos petits postérieures dodus ; essoufflés par cette course poursuite, mais n’arrivant pas au but, vous avez finalement opté pour la danse de Pipi l’indien.
Aaah,! on vous imagine inventant avec panache un chauffage de fortune, ou encore dans cette divine Toyota avec le Bossu de Notre Dame à fond et penser : je suis au fin fond du Monde et je me retrouve à écouter de la merde que je n’écoute même pas d’habitude, il ne peut pas nous mettre des chants traditionnelles ! » alors que le chauffeur dans un élan de respect vous l’a mis pour vous faire plaisir…Mais sans crier gare vous voilà égarés un court instant dans les ruelles parisiennes que vous imaginez en pensées.
On vous imagine dans ces bus cabossés aux codes si particuliers laissant avec politesse (éducation oblige) vos places aux vieillards.
Et ce mot mystérieux sur un panneau d’affichage « encule » (photo) à la douce sonorité « ncoule, encoule, ncule » et au sens si différent du nôtre désignant une ville ou peut être veut-il simplement dire annulé en turkmène ? (je ne parle même pas de « filsdeup en bas)
Comme ce pays a l’air accueillant de par sa langue!
Personne n’écrit, sont-ils tous sur la merguez, préparent-ils tous noël dans cette (très) grise atmosphère parisienne ? Sont-ils tous grisés par l’alcool, les soucis, la joie au dessus de leur cuvette, Paris est dedans…
Ou alors ils affûtent tous leurs stickers…