What to do Kathmandu
Qu’inspire Katmandu, dans nos consciences occidentales, gavées de clichés, abreuvées de raccourcis inhérent à notre société médiatisée? Qu’avions nous en tête lors de notre arrivée en ville ? Certainement l’image d’une destination lointaine, but de périples utopiques, mystérieuse et fascinante. Nous avons tous entendu nos parents nous raconter des histoires d’amis partis en bus combi VW en direction de la capitale du Népal, des fleurs plein les yeux et des rêves plein la tête. Qu’en est il aujourd’hui, de cette image, d’une ville perchée au milieu des nuages où il fait bon vivre ?
Nous avons cherché pour vous ce qui en a fait sa réputation et avons établi un constat de ce qu’est devenue la capitale du Népal.
Des Seventies :
Fin des années 1960, le Népal ouvre ses frontières après de sombres années de protectionnisme. Territoire encore vierge du tourisme, il semble suspendu dans le temps, entre traditions centenaires et faux air d’Inde tranquille. A l’autre bout de la planète, les enfants du baby boom développent le mouvement hippie, basé sur un profond besoin libertaire, un refus des règles établies et une curiosité insatiable de l’autre. Le voyage fait partie intégrante de l’idéologie baba cool. Rite initiatique, il repose sur le mythe d’atteindre une ville dont le nom fait rêver, le plus loin possible. Les routes sont multiples mais prennent généralement la transversale entre l’Europe et le Sous Continent Indien par la traversée de la Turquie, de l’Iran puis de l’Afghanistan avant de bifurquer vers le Népal au Nord ou de descendre vers les plages de Goa, en Inde. L’arrivée à Kathmandu est une épreuve physique et mécanique pour les Combi Volkswagen. Perchée à 1300 mètres d’altitude, la capitale prend place au cœur d’une vallée surmontée de pics. La ville, regorgeant de temples, est assez familière des images d’épinal d’une ville moyenâgeuse. Les Hippies trouvent ici un endroit isolé, soeur calme d’une Inde turbulente, dans laquelle il est facile de se fondre, de succomber au charme. L’attrait principal de Kathmandu, à cette époque, reste bien entendu le haschisch qui pousse dans les champs aux alentours. Consommé sous les formes les plus diverses, il participe au mythe d’une ville où tout est permis. A leur arrivée dans la capitale, les hippies s’installèrent dans le quartier de Jhonchen tout proche de Durbar Square, principal centre d’activité marchand et spirituel. Constitué d’une simple rue ne dépassant pas deux cent mètres de longueur, celui ci ne tarda pas être renommé du nom de ses habitants : Freak Street.
Un mythe était né. Celui d’une rue à l’autre bout du monde où le Haschisch était en vente libre dans de petites échoppes, où l’on pouvait loger dans une chambre d’hôtel pour 4euros par mois, où personne ne vous jugeait, bref d’un lieu où l’on pouvait vivre d’amour, de drogue et d’eau fraiche loin d’un monde occidental oppressant. La rue était devenue un théâtre permanent, scène utopique d’une fraternité retrouvée à l’autre bout du globe. Les Freaks comme ils se dénommaient, venaient ici passer deux mois et restaient parfois plusieurs années en allant de temps à autre dormir une nuit en Inde, le temps de renouveler leur visa. Une activité touristique se développa tranquillement autour des commerces de la rue allant du Haschisch shop au magasin de souvenirs faits mains, en passant par libraire qui achetait et vendait tout ce qu’on lui proposait. La plupart du temps, les hippies arrivaient chargés de marchandises, qu’ils revendaient sur place, histoire de financer leur séjour. Les blue jeans, les vinyles à la mode étaient en effet introuvable à l’époque dans cette partie du monde. Les histoires les plus invraisemblables existent sur cette rue qui firent la réputation de Kathmandu au delà des frontières. Initialement d’origine anglo saxons, les hippies de toute l’Europe ne tardèrent pas à s’intéresser à cette région montagnarde.
1973, sous pression américaine qui menace de cesser ses aides humanitaires, le Népal interdit le commerce de la Marijuana, privant une partie de Freak Street de ses échoppes. Ce n’est cependant pas la pénurie d’herbe qui guette les hippies. Les pleasure rooms, endroits clos où les freaks pouvaient rester des jours entiers à fumer florissent.
Il fait bon vivre dans le quartier, les commerces ferment très tard et l’entraide est de mise lorsqu’un combi tombe en panne. On croirait un temps que le Love Peace and Harmony a fonctionné là bas.
Des Années 1980 :
Poussé par les exploits internationaux en Alpinisme dans les Anapurnas et sur L’Everest, un nouveau tourisme se développe à Kathmandu. Ces trekkeurs, venus du monde entier sont loin d’épouser les idéaux hippies et possèdent un pouvoir d’achat bien supérieur. Ils aspirent donc à des standards bien distincts, à des chambres avec eau chaude, à du confort lors de leur retour d’expédition.
Voyant le flot d’alpiniste grossir à l’arrivée de l’aéroport, la mairie décide de créer un véritable quartier touristique avec hôtels tout confort et restaurants continentaux. Situé à un kilomètre au nord de Freak street, il est dénommé Thamel. Permettant d’accueillir une population étrangère grandissante, ce quartier s’est rapidement imposé comme vitrine touristique aux yeux du monde, occultant les Babas, encore accrochés à leur rue.
On y développe les activité de montagne : rafting, trekking, et vélo tout terrain. Les touristes viennent y passer une semaine, quinze jours tout au plus. L’attrait principal du Népal étant devenu ses montagne, son air pur et un coût de la vie peu élevé. Les tours operators inclurent donc rapidement cette nouvelle destination à leur catalogue, diversifiant leur offre sportive. Un business lucratif était né.
D’un constat :
Devenu nettement minoritaire, Freak Street n’en a pas moins perdu son charme insouciant de ses années folles. Alors que le Népal connaît actuellement une crise énergétique sans précédent (huit heures d’électricité par jour), les commerces qui ont survécu dans cette rue ne cessent de regretter le bon vieux temps des chevelus venus du monde entier avec leurs véhicules improbables. Ayant vécu une semaine dans l’un des vestiges de cette époque, les regrets de cette joyeuse époque furent palpables. Très peu de choses ont changé dans la rue, si ce n’est la fermeture de certaines échoppes. On peut toujours boire un thé à l’une des tables du Snowman Cafe, lequel vend les mêmes gâteaux, dans les mêmes plats depuis 1969. Mais plus important encore, ce quartier n’est pas devenu un sanctuaire dans lequel on vient admirer les reliques de ces belles années d’utopie, il est simplement resté lui même, accueillant parfois même des visiteurs qu’il a connus trente ans auparavant. L’authenticité de ses habitants le préserve. Espérons qu’il en soit autant à l’avenir.
Inutile de vous décrire ce qu’est devenu Thamel : une zone touristique internationale, avec ses pizzerias, ses bars à musique live, ses hôtels à touristes FRAM et ses striptease clubs. Nécessaire pour le développement de la capitale népalaise, Thamel n’en ressemble pas moins à tout autre quartier touristique d’Asie du Sud Est, triste et intéressé par notre fric.
